En bref

Le principal objectif de ce projet est d’utiliser les données génétiques obtenues à partir de l’ADN extrait des crottes de céphalophes collectées dans leur milieu naturel. Le but de la présente étude est d’évaluer le rôle des changements climatiques passés, des rivières et des différents types d’habitats forestiers dans le processus d’évolution des céphalophes des forêts d’Afrique centrale. Les céphalophes constituent une partie importante de la faune des forêts du bassin du Congo et sont un groupe extrêmement divers et complexe ayant une distribution exclusivement africaine avec environ 18 espèces. Les espèces de céphalophes sont un excellent model pour tester les hypothèses de diversification dans les écosystèmes tropicaux du fait de leur association préférentielle avec les habitats forestiers et leur distribution géographique dans tout le bassin forestier du Congo.  Les céphalophes sont également une source importante en protéines pour les populations locales et sont donc sous une pression de chasse de plus en plus grande. Pour ce faire, le présent projet a adopté une approche non-invasive utilisant les données génétiques obtenues à partir d’échantillons de crottes fraiches de céphalophes dont la localisation exacte via les coordonnées GPS a été enregistrée à travers les différents sites en Afrique centrale.

Les buts du Project

1. Déterminer les meilleures conditions pour efficacement obtenir  de l’ADN à partir des échantillons de crottes de céphalophes collectés sur le terrain et stockés pendant plusieurs semaines avant leur extraction.
2. Développer une méthode efficace pour l’identification des espèces de céphalophes à partir de l’ADN obtenu des crottes, étant donné que la plupart des céphalophes sont impossibles à différentier simplement sur la base de la morphologie de leurs crottes 
3. Réévaluer les liens taxonomiques des différentes espèces au sein du genre Cephalophus en utilisant les bases de données d’ADN mitochondrial et nucléaire
Maintenant que nous avons accompli ces trois objectifs initiaux du projet, nous travaillons actuellement à assembler les données des marqueurs mitochondriaux et nucléaires des échantillons de crottes dont nous avons la localisation exacte, afin de tester les hypothèses de diversification suivantes :

  1. L’hypothèse des refuges forestiers du Pléistocène: La contraction de la forêt en parcelles isolées d’habitats convenables pendant l’âge glaciaire du Pléistocène mena à la fragmentation et à la diversification évolutive ultérieure des populations de céphalophes.
  2. L’hypothèse des barrières fluviales : Les principales rivières, telles que l’Ogooué et l’Ivindo au Gabon et la Sanaga au Cameroun, conduisirent à la séparation et à la différentiation des peuplements de céphalophes sur les rives opposées de ces rivières.
  3. L’hypothèse des gradients écologiques : Les zones de transition de la forêt continue aux mosaïques forêt-savanes menèrent à la différentiation génétique des peuplements de céphalophes à travers des zones de transition écologique

La présente étude est la première du genre à comparer la répartition de la variation génétique à travers une communauté entière de mammifères forestiers et elle fournira très probablement des informations fascinantes sur l’origine et le maintient de la diversification évolutive dans les forêts tropicales en général.

Qu'est-ce qu'un Céphalophe

Dans les forêts d’Afrique centrale, les céphalophes (en anglais « duikers ») sont une partie de la riche communauté des artiodactyles des forêts tropicales, parmi lesquels il y a aussi l’antilope naine (Neotragus batesi), le guib harnaché ou bushbuck (Tragelaphus scriptus), le sitatunga (Tragelaphus spekei) et le chevrotain aquatique (Hyemoschus aquaticus). Toutes ces espèces constituent une importante source de protéines et sont donc sous une pression de chasse intense, comme viande de brousse prisée dans toute l’Afrique Centrale (Wilkie & Carpenter, 1999; Newing, 2001; Brashares et al., 2004; Laurance et al., 2006). Les céphalophes sont de taille petite à moyenne (35-80 cm, Dubost, 1979) et se rencontrent principalement dans les forêts continues et les mosaïques forêt-savanes de l’Afrique sub-saharienne. Ce sont des ruminants et ils possèdent à cet effet un estomac à plusieurs compartiments qui leur permet de digérer efficacement les tissus végétaux. Au moins, 18 espèces de céphalophes ont été décrites (voir Kingdon, 1997), parmi lesquelles 17 appartiennent au genre Cephalophus et une au genre Sylvicapra. Les analyses mitochondriales répartissent ces espèces en quatre groupes majeurs : les céphalophes nains (C. monticola, C. maxwelli), les grands céphalophes (C. silvicultor, C. spadix, C. dorsalis, C. jentiki), les céphalophes rouges de l’Afrique de l’Est (C. leucogaster, C. rufilatus, C. nigrifrons, C. natalensis, C. harveyi) et les céphalophes rouges de l’Afrique de l’Ouest (C. callipygus, C. weynsi, C. ogilbyi, C. rubidus and C. niger), laissant C. zebra et C. adersi comme un taxon à part mais faiblement soutenu (Jansen van Vuuren and Robinson, 2001). Cependant, la taxonomie des céphalophes est encore relativement peu comprise et le nombre de groupes et même d’espèces peut varier en fonction du type de classification utilisé. Le nom « duiker », appellation commune des céphalophes en anglais provient de la langue Afrikaner d’Afrique du sud et est proche du terme « diver » qui fait référence à la tendance qu’ont ces animaux à plonger (du verbe anglais « to dive ») dans le sous-bois en réponse à une quelconque menace. Les cornes des céphalophes sont petites, orientées vers l’arrière et proche du crâne, ce qui leur assure de ne pas être pris dans l’épais sous-bois de la forêt.  Les fruits constituent une importante partie de l’alimentation de la plupart des espèces, même si par ailleurs la composition de cette alimentation est susceptible de varier en fonction des saisons (voir Feer, 1989). À l’exception du céphalophe bleu (Cephalophus monticola), les céphalophes sont généralement solitaires et peuvent être nocturnes, diurnes ou active à la fois le jour et la nuit (Dubost, 1983a, b; Bowland and Perrin, 1995). Les céphalophes font également un usage considérable de leurs glandes pré-orbitales, notamment comme moyen de communication dans les relations sociales (Dubost, 1983a). 

Bowland A.E. and Perrin M.R. (1995) Temporal and spatial patterns in blue duikers Philatomba monticola and red duikers Cephalophus natalensis. Journal of Zoology London 237: 487-498.
Brashares, J.S., Arcese, P., Sam, M.K., Coppolillo, P.B., Sinclair, A.R.E. and Balmford, A. (2004) Bushmeat hunting, wildlife declines, and fish supply in West Africa. Science 306: 1180–1183.
Dubost, G.  (1979)  The size of African forest artiodactyls as determined by the vegetation structure. African Journal of Ecology 17: 1-17.
Dubost G.  (1983a)  Le comportement de Cephalophus monticola Thumberg et C. dorsalis Gray et la place des céphalophes au sein des ruminants, Part I. Mammalia 47: 141-177.
Dubost G.  (1983b)  Le comportement de Cephalophus monticola Thumberg et C. dorsalis Gray et la place des céphalophes au sein des ruminants, Part II. Mammalia 47: 281-310.
Feer F. (1989) Comparaison des régimes alimentaires de Cephalophus callipygus et C. dorsalis, Bovidés sympatriques de la forêt sempervirente africaine. Mammalia 53: 563-604.
Jansen van Vuuren B. J. and Robinson T. J. (2001) Retrieval of four adaptive lineages in duiker antelope: Evidence from mitochondrial DNA sequences and fluorescence in situ hybridization. Molecular Phylogenetics and Evolution 20: 409-425.
Kingdon K. (1997) The Kingdon field guide to African Mammals. Academic Press Limited, London, U.K.
Laurance, W.F., Croes, B.M., Tchignoumba, L., Lahm, S.A., Alonso, A., Lee, M., Campbell, P.
& Ondzeano, C. (2006). Impacts of roads and hunting on Central African rainforest
mammals. Conservation Biology 19: 268–275.
Newing, H. (2001). Bushmeat hunting and management: implications of duiker ecology and
interspecific competition. Biodiversity and Conservation 10: 99–118.
Wilkie, D.S. & Carpenter, J.F. (1999). Bushmeat hunting in the Congo Basin: an assessment of
impacts and options for mitigation. Biodiversity and Conservation 8: 927–955.

 

 
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